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Une voix du terrain

International et défense Loire (42) n° C-LFGG-54NE

Ce qui ne va pas

La Paix est notre bien le plus précieux... et il est placé aux mains d'un seul homme, président et chef des armées. Chaque 11 novembre, des milliers de petits français de 6 ans découvrent un rite initiatique puissant : Leurs camarades de 10 ans scandent « mort pour la France » en réponse à l’appel aux morts. Le discours qui est prononcé à cette occasion prône inévitablement la Paix, mais ces quatre mots, eux, perpétuent l’idéal du sacrifice patriotique. Autour du marbre froid, au milieu des drapeaux, des médailles, des uniformes et du cuivre des fanfares, les enfants chantent ensuite l’étendard sanglant et nos sillons abreuvés de sang impur. Ce rite, c’est la fondation du pacte militaire de l’Etat avec le citoyen. On ne se réunit pas dans une forêt ou sous les étoiles pour savourer la Paix et ce dont elle permet de jouir, on ne chante pas Le Déserteur de Boris Vian, non : on marque l’esprit du jeune enfant avec deux concepts : -1- La guerre est une fatalité. -2- Ceux que l’on sacrifie sur son autel sont ensuite célébrés en martyrs … qu’ils aient été volontaires ou non, d’ailleurs : hors de question, lors de ce rituel, de s’encombrer à évoquer la responsabilité de l’Etat dans la conscription. Et pas de place sur le monument pour les victimes qui ne portaient pas de fusil. Autant d’indices, s’il en fallait, pour prouver que l’on célèbre ici le mécanisme au travers duquel de jeunes gens exécutent des décisions bellicistes au nom de la Nation.

Ce qui est proposé

La devise « si tu veux la paix, prépare la guerre » semble bienfondée : Avoir de quoi se défendre semble parfois prémunir d’une guerre initiée hors de ses frontières. L’Histoire prouve que ce n’est pas toujours vrai. Mais qu’en est-il d’une guerre initiée par son propre chef d’Etat ? La guerre n’est pas une fatalité au même titre qu’un tremblement de terre ou une éruption volcanique. La guerre, c’est une décision. La décision d’un homme, pour plus de clarté appelons-le l’agresseur, dont la lâcheté est déguisée par son costume de chef d’Etat. La seule raison pour laquelle on ne le traite pas comme n’importe quel agresseur dans la société, c’est son costume de chef d’Etat et les mécanismes de soumission qui en découlent. Ces mécanismes, ils ne sont pas inscrits dans les lois de la nature, c’est l’homme qui les a mis en place. Changeons ça. Changeons ça et la guerre ne sera plus une fatalité. Faisons en sorte qu’il perde son costume automatiquement et immédiatement s’il essaie de l’utiliser pour faire endosser au pays le rôle d’agresseur. En d’autres termes, instaurons une destitution automatique du Chef de l’Etat s’il décidait de déclarer une guerre. Changeons la devise au passage : « Si tu veux la Paix, prouve-le ! » et faisons en sorte qu’un maximum de pays l’adoptent. Ce positionnement, s’il est contagieux, peut engendrer un tout autre équilibre et redéfinir la guerre en profondeur. (Je manque de place pour développer sur la question du volet défensif)

— Xavier Boyer