Ce qui ne va pas
Constat personnel : Je suis enseignant en mathématiques depuis une trentaine d'années, dont quinze dans un établissement où les conditions de travail sont excellentes. J'observe que beaucoup d'élèves ne sont pas heureux d'aller à l'école, que les rythmes imposés les épuisent et qu'ils peinent à trouver du plaisir et du sens dans les apprentissages. Ce qui ne fonctionne pas : - La conception des programmes : même si les contenus sont souvent intéressants, leur organisation et leur découpage sont administratifs et rigides. Les rythmes biologiques des enfants et des adolescents ne sont pas respectés, pas plus que le temps nécessaire pour assimiler les connaissances. Cette course permanente aux programmes épuise les élèves, les enseignants et les parents. - Une éducation centrée sur la transmission des connaissances : ce cadre ne laisse pas le temps de travailler sur la connaissance de soi, de créer du lien avec les autres, d'apprendre à comprendre et à gérer ses émotions. Il ne donne pas non plus la place nécessaire aux arts, à la musique, au sport, à la danse, au cirque et aux activités permettant de se connecter à son corps et à ses sensations. - Le cloisonnement de l'école : l'école reste coupée de la vie réelle, de la nature, de la vie des villages et de son environnement. Des initiatives existent, mais elles restent insuffisantes.
Ce qui est proposé
L’éducation, c’est l’exemple. Objectif : que les enfants et adolescents soient heureux d’aller à l’école, prennent plaisir à apprendre et à se connaître, découvrent leurs talents et développent confiance, créativité et autonomie. Leur transmettre des bases solides — lecture, écriture, mathématiques, sciences, litterature, arts, connaissance du corps et de la santé — et surtout leur apprendre à apprendre. Pour cela, créons de véritables communautés éducatives territoriales réunissant élèves, parents, enseignants et acteurs locaux. Osons, nous adultes, interroger l’éducation que nous avons reçue, ce qu’elle nous a apporté et ses limites. Reconnaître nos contradictions, parfois douloureusement, sans nous culpabiliser, c’est déjà montrer l’exemple. C’est ainsi que nous pourrons transformer notre regard et offrir le meilleur de nous-mêmes aux jeunes générations, en recherchant une cohérence entre nos paroles et nos actes. Le ministère deviendrait une maison commune au service de ces communautés territoriales, facilitant coopération, moyens et expérimentations plutôt qu’imposant des réformes verticales. Inspirons-nous des écoles alternatives et repensons formation des enseignants, programmes, évaluations et rythmes scolaires selon les connaissances scientifiques, les besoins des enfants et nos objectifs. Transformer l’école, c’est aussi repenser notre manière de vivre ensemble, nos règles économiques et sociales, pour mettre nos actes en accord avec nos aspirations pronfondes.
— Frederic Audiere